Patrick Moriau
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UNION INTERPARLEMENTAIRE
110ème ASSEMBLEE ET REUNIONS CONNEXES

Discours de Patrick MORIAU (BELGIUM)

MEXICO, le 19 avril 2004


1ère commission U.I.P.



Monsieur le Président,

Chers Collègues,


Je voudrais à mon tour féliciter les rapporteurs pour leur excellent rapport et remercier nos collègues mexicains pour la chaleur de leur accueil.

Notre monde apparaît de plus en plus divisé, déchiré, on l’a déjà dit ; face à ce fléau du terrorisme qui nous concerne tous. Le grand clivage aujourd’hui relève entre deux visions de la vie en communauté : le multilatéralisme ou l’unilatéralisme.

C’est un débat que l’on ose, je le constate, évoquer soit par sous-estimation de l’importance du problème, certainement par intérêt pour certains, par pudeur au nom de l’Histoire et j’en suis, car je n’oublie pas que dans quelques jours, nous fêterons en Europe ceux qui ont libéré nos pays d’un système politique qui fut à la base des plus grands massacres de l’Histoire au siècle dernier.

Notre organisation l’U.I.P. repose sur cette logique multilatéraliste comme d’autres institutions ou organisations internationales (même si cela dit en passant, leur fonctionnement se doit d’être revu).

L’Europe est aussi un bel exemple et je voudrais insister à mon tour à l’instar de mon collègue du Parlement Européen Monsieur Emberri sur l’importance de la création en mars dernier de l’Assemblée permanente Euro-Méditérrannée et sur son rôle dans la réconciliation, thème de notre débat de ce jour.

Il nous faut rappeler notre attachement au multilatéralisme ne serait-ce parce qu’il condamne immanquablement tout acte unilatéral qui ne peut, par essence, que se baser sur la violence qu’elle soit l’œuvre d’un terrorisme individuel ou organisé toujours aveugle et inhumain avec son cortège de tant de victimes innocentes, des femmes, des enfants comme à Casablanca, à Madrid ou ailleurs mais violence aussi d’un terrorisme d’état par des exécutions extra-judiciaires ou par toute forme d’embargo notamment, violence de toute puissance qui veut jouer les gendarmes du monde et se base sur la loi du plus fort (un seul pays représente aujourd’hui plus de la moitié des budgets-dépenses de toute la planète).

Nous le savons, la notion de vérité absolue n’existe pas. C’est la logique du respect, de la tolérance, de paix, de l’égalité qui permet de comprendre que ce n’est pas parce que l’un à raison que l’autre a forcément tort.

Toute la situation de l’Irak est à cet égard exemplaire : une guerre préventive et illégitime a été provoquée pour :

- chasser un dictateur sanguinaire (et c’est tant mieux) ;

- mais pour éliminer des soit-disant armes de destruction massive et dans une pseudo-volonté d’instaurer la démocratie en Irak.

Aujourd’hui, un an plus tard, nous pouvons constater :

· il n’y a pas d’armes de destruction massive et combien de mensonges ?

· les risques d’embrasement dans la région et ailleurs (voyez le Kosovo dont on parle très peu, véritable bombe à retardement dans les Balkans)

· le chaos est total en Irak

· nous vivons la crise des Institutions internationales : ONU, Europe, …

· le non-respect des règles de droit international : cour pénale internationale, Kyoto, la convention de Genève (Guantanamo), etc.

Certes, ceux qui ont eu raison d’avertir de toutes ces conséquences prévisibles, et j’en suis, ne sont pas heureux mais il y avait d’autres solutions notamment politiques. Elles n’ont pas été envisagées.

Mais il n’y a pas que l’Irak.

Certes, comme l’a dit mon collègue chinois, il n’y a plus de conflit mondial mais il n’y a jamais eu autant de conflits, de victimes, de dépenses militaires. Plus que jamais.

La situation géopolitique actuelle liée à la mondialisation débridée que nous connaissons pourraient nous renvoyer à une sorte d’impuissance.

Mais notre présence, ici à Mexico, prouve le contraire.

Ainsi, je me réjouis et ne peux qu’appuyer toutes les interventions qui vont dans le sens du renforcement des Nations Unies.

De même, je me réjouis de la mise en évidence dans le rapport de la diplomatie parlementaire qui peut, qui doit jouer un rôle notamment en diplomatie préventive et en tant que tutelle de réconciliation comme l’a évoqué nom collègue norvégien. Ainsi, vous le savez où nous sommes fort impliqué, en ce qui concerne la Région des Grands Lacs, nous avons proposé un comité au sein de l’U.I.P. à l’instar de ce qui existe pour le Moyen-Orient.

Toujours dans cet esprit et quant aux thèmes qui nous préoccupent, je voudrais insister sur le rôle de la société civile et spécifiquement sur les ONG observateurs pour le respect des droits humains ainsi sur l’importance de la coopération décentralisée qui devrait figurer par exemple dans la résolution à l’Art 22 car les municipalités jouent de manière empirique un rôle crucial en matière de réconciliation (par exemple par des jumelages démocratiques).

Ainsi, je signale au passage la tenue à Paris en mai prochain de l’organisation mondiale des Cités Unies qui traitera de ce thème en particulier. Là aussi, l’U.I.P. a un rôle crucial de moteur à jouer.

En tout cas, Mes Chers Collègues, nous sommes à l’heure de la nécessité de l’action et non plus des vœux pieux. Il nous faut rappeler avec force et vigueur notre volonté de multilatéralisme sous peine non seulement de rester divisés mais de conséquences que je n’ose imaginer.

En conclusion, Monsieur le Président, Chers Collègues, laissez moi vous rappeler cette phrase de Jean-Paul Sartre : « Seuls les actes décident de ce qu’on a voulu ».

Patrick MORIAU