Patrick Moriau
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DISCOURS DE PATRICK MORIAU, DEPUTE
2ème FORUM PARLEMENTAIRE EURO-MEDITERRANEEN

Bruxelles, les 8 et 9 février 2001


Madame la Présidente,
Monsieur le Président,
Mes Chers Collègues,


Depuis ce matin, on l’a dit et répété, notre objectif commun est ambitieux. Certains intervenants ont même utilisé le terme de démesuré.

C’est vrai, créer une zone de paix et de prospérité partagée basée sur la compréhension des peuples dans le bassin méditerranéen peut apparaître comme utopique. Pourtant, je tiens à rappeler simplement que la création de l’Union Européenne dans les ruines de la deuxième guerre mondiale relevait tout autant d’une même ambition et pouvait apparaître aussi aux yeux de certains comme démesurée, utopique…

Projet ambitieux, certes, mais que nous devons continuer à revendiquer …

Cependant, depuis notre 1er Forum en 1999, à quoi assiste-t-on ?

A l’intensification :

- guerres, haines, terrorisme,
- absence de prospérité, au contraire, accroissement des inégalités,
- des problèmes terribles d’environnement,
- une immigration clandestine de plus en plus dramatique
- la problématique de l’eau, véritable enjeu à retardement

*
**

Chers Collègues,


On ne construit pas de social ni de démocratie dans un environnement économique dégradé mais on ne construit pas de développement économique dans un environnement social et démocratique dégradé.

A fortiori quant le nouveau dogme, la nouvelle religion mondiale est la « loi du marché » puisque paraît-il « le marché doit tout régler pour faire bonheur à tous » et que le NASDAQ est son prophète…

Au contraire, sans sombrer dans le négativisme outrancier, la situation actuelle entraîne : extrémismes de tout ordre, haines, chocs de culture, purification ethnique ou religieuse, racisme, xénophobie et le cortège d’effets cumulatifs : drogue, criminalité, trafics en tous genres, …

A tout cela, nous devons opposer le pessimisme de la lucidité et l’optimisme de la volonté comme disait déjà Gramsci.

A cette fin, je vous livre quelques pistes à mener ensemble, je dis bien ensemble :

1) Combattre cette forme d’europeanocentrisme dans laquelle nous baignons parfois voire souvent … Ainsi comme cela a pourtant été dit ce matin, il ne s’agit pas d’un devoir de générosité (concept caritatif aux relents de colonialisme et post-colonialisme) mais il s’agit surtout d’un devoir de solidarité et de responsabilité en particulier vis-à-vis des jeunes, acteurs de la société de demain, pour qui, nous devons intensifier davantage nos échanges car admettre la culture de l’autre, c’est le premier pas de l’humanisme et d’une culture de citoyenneté pour laquelle a plaidé ma collègue, Madame Napoletano, et à laquelle je souscris pleinement.

2) Bien entendu, tout mettre en œuvre à tous les niveaux pour le processus de paix au Moyen Orient dans un esprit de tolérance et de respect mutuels.

3) Agir fermement et concrètement pour la levée de l’embargo en Irak (et partout ailleurs où ce type d’actions est appliqué), c’est une question de dignité humaine ! D’ailleurs, comment pourrions-nous être crédibles … On ne bâtit pas la démocratie sur base d’un délit de démocratie, voire de ce que j’ose appeler une ignominie humanitaire qui, je vous l’avoue, me fait honte !

4) Ne pas oublier que la Méditerranée s’étend aussi jusqu’au Balkans et que cette zone connaît les mêmes problèmes vécus par les Etats évoqués dans notre Forum. Il est donc urgent et nécessaire de prévoir la participation des Etats concernés à nos travaux. C’est un devoir humaniste mais aussi un point crucial pour l’avenir de l’Europe.

5) Dynamiser et étendre l’action notamment par moins de bureaucratie des projets MEDA et de coopération décentralisée dans les domaines sociaux et culturels, formidables outils de cohésion sociale et de rapprochement des peuples.

6) Etre attentif et intégrer les travaux préparatoires des grandes conférences des Nations Unies; en particulier celle sur l’aide et le développement prévue pour 2002, alors que le concept même d’aide au développement semble être remis en question par d’aucuns, au profit du concept d’investissement … (Davos quand tu nous tiens !…). Là aussi, j’y distingue cette « forme de mépris » dont a parlé notre collègue Naïr tout à l’heure.


7) Renforcement de l’activité du Forum Euro-Méditerranéen qui doit être autre chose qu’une « Assemblée parlementaire Ron-Ron », si j’ose dire, qui se réunit une fois tous les deux ans. A cet égard, Madame la Présidente, Monsieur le Président, je pense qu’une task force à vos côtés serait la bienvenue. Elle pourrait se constituer par un travail de commissions, par exemple, sur des thèmes très concrets tels que ceux que j’ai déjà évoqués, mais aussi en matière de communication, de règlement intérieur et, par exemple, de criminalité et de drogue comme l’a déclaré le Président Almeida Santos dont je partage pleinement le propos. J’avais déjà plaidé en ce sens lors de notre premier Forum.

8) Enfin, et en guise de conclusion, Mes Chers Collègues, lutter sur le plan européen pour un approfondissement essentiel de l’Union Européenne, même si j’en reconnais la difficulté dans l’ère du temps d’aujourd’hui.

Car l’élargissement risque d’entraîner un désintérêt accru vis-à-vis des pays du Sud.

J. Delors avait déjà déclaré : « il ne faudrait pas que nos préoccupations à l’Est nous fassent oublier le Sud ».

En fait, c’est la vision d’une véritable Europe politique qui est en jeu au travers de l’existence et des activités de ce Forum. Et à cet égard, la dimension parlementaire du processus de Barcelone est capitale. Les parlementaires sont capables « d’ouvrir des portes », de débloquer certaines situations, de préparer le terrain pour les représentants des gouvernements grâce à leurs contacts privilégiés notamment avec la société civile. Il convient aussi de renforcer le dialogue avec chacun de nos gouvernements sur toutes les questions liées au processus de Barcelone qui doit retenir l’attention de nos commissions des affaires étrangères et européennes à intervalles réguliers.
Ce sont des défis politiques évidents mais il est clair que ce processus n’intéresse pas
ceux qui ne voient en l’Union Européenne qu’un simple marché économique …

*
**

Madame la Présidente,
Monsieur le Président,
Chers Collègues,


Notre Forum constitue donc un enjeu existentiel, capital mais surtout et avant tout politique non seulement pour l’avenir de la zone « mare nostrum » au sens large mais aussi pour l’Union Européenne.