| Patrick Moriau DEPUTE - BOURGMESTRE VISION INTERNATIONALE |
Rencontres
Fédération Mondiale des Cités Unies
Forum de Paris
18 janvier 1999
Une expérience pour relancer une dynamique d’activités
Mesdames, Messieurs,
Je voudrais d’abord remercier les organisateurs de ce forum de m’avoir invité en qualité d’intervenant pour vous faire part de mon expérience municipale.
C’est un grand honneur pour moi-même et pour mes concitoyens.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais faire référence au « Forum de la Coopération décentralisée » qui s’est tenu à Abidjan il y a un an dans le cadre des rencontres « Africités 1998 ».
Un peu à l’encontre du programme, j’ai proposé à mes interlocuteurs, essentiellement des maires africains, mon expérience municipale du développement local.
Je n’avais nullement la prétention de fournir un schéma stéréotypé ou quelque recette miracle.
Après mon intervention, je peux dire sans forfanterie que mes collègues africains se sont arrachés les photocopies de mon discours tellement il avait fait mouche, même involontairement.
Manifestement, ils refusent dans ce domaine une nouvelle attitude colonisatrice. Par contre, ils sont à l’affût d’exemples concrets applicables à leur commune, tout comme ils sont à la recherche de réponses à des problèmes concrets qui touchent la vie quotidienne de leurs concitoyens.
Un cas concret qui m’a été cité à plusieurs reprises est un intérêt à porter aux infrastructures du marché, centre de la vie locale. Un autre est la gestion des déchets.
Plus récemment, j’ai pu constater, dans le cadre de la visite d’une mission parlementaire belge, les besoins du Mali au niveau de l’accès à l’eau potable par le creusement de puits. Pas un puits qui coûte l’équivalent de 400.000 FF, mais une installation dont le prix de revient ne dépasse pas 60.000 FF.
Malgré la faible capacité participative de ma Commune dont vous découvrirez le profil tout au long de mon exposé, nous restons prêts à passer des vœux pieux aux actes, si nous parvenons à réunir les moyens financiers nécessaires.
Plus proche de nous : La Croatie.
Ma Commune participe à une opération soutenue par l’O.N.U. et destinée à restaurer la démocratie, un défi qui ne pourra être rencontré qu’en tenant compte des spécificités locales.
Là aussi, nous nous sommes refusés à donner des leçons et à exporter un savoir-faire. Nous nous sommes contentés de faire part de notre expérience, de ses succès comme de ses échecs.
C’est dire si la Commune de Chapelle/lez/Herlaimont dont je veux vous faire part de l’expérience.
Chapelle/lez/Herlaimont : présentation
La Commune de Chapelle/lez/Herlaimont, dans l’Etat Fédéral qu’est la Belgique, se situe en Communauté francophone et en région wallonne. Avec ses 14.200 habitants et son étendue de 18 km2, elle se situe, en taille comme en population, en-dessous de la moyenne nationale.
Elle est implantée à quelque 40 kilomètres au sud de Bruxelles, capitale de l’Europe, au centre d’un important nœud autoroutier qui la place en relais direct avec les autres pays européens.
Chapelle/lez/Herlaimont : situation économique
Installée aux confins de deux bassins industriels de longue tradition, Chapelle/lez/Herlaimont a tiré sa prospérité de l’extraction du charbon, depuis le 19ème siècle jusqu’aux années ’60.
Lorsque cette exploitation, pour des raisons de tarissement et de rentabilité, a été abandonnée progressivement, la reconversion économique de la Commune n’a pas été assurée et sa vocation a plutôt été dirigée vers celle de cité-dortoir.
Chapelle/lez/Herlaimont : situation démographique
Quelque 3.450 habitants ont moins de 18 ans, soit l’âge de la scolarité obligatoire, ce qui représente un quart de la population totale, alors que 2.850 (un cinquième de la population) ont atteint l’âge de la retraite.
Le vieillissement de la population est donc un fait indéniable, même s’il n’est pas particulier à notre entité locale.
Autre phénomène : celui de l’immigration de ressortissants étrangers, italiens pour la plupart, appelés pour travailler dans les mines de charbon vers 1950. Ils représentent près de 30% de la population.
Chapelle/lez/Herlaimont : situation sociale
La crise économique qui frappe l’Europe toute entière et qui n’en finit pas de s’éterniser a atteint de plein fouet la Commune qui se paie un triste record de taux de chômage qui flirte avec les 30% de la population active.
A Chapelle/lez/Herlaimont, compte tenu des jeunes, des personnes âgées, des inactifs et des sans emploi, seule une personne sur sept travaille.
Cela constitue un véritable drame social qui génère des effets pervers qui ont pour noms : la délinquance, le repli sur soi, la toxicomanie, l’insécurité et d’autres dérives du même genre.
Chapelle/lez/Herlaimont : situation politique
La stabilité politique est de mise chez nous puisque, depuis plus de 75 ans, c’est la même formation politique qui préside aux destinées de la Commune : le Parti Socialiste.
Cette situation a toute son importance parce qu’elle induit une certaine constance dans la vision des conceptions et des choix politiques, et surtout dans la manière de mettre l’outil au service de la population, même si, au fil des générations et au gré des personnalités qui se sont succédées, des nuances ont existé et continuent à émerger.
Mesdames, Messieurs,
Voilà brossé le tableau de ma Commune.
Loin de moi l’idée de la mettre en exergue à l’occasion de ce forum. Ce qui me paraît intéressant par contre, c’est qu’elle constitue le profil-type de pas mal de villes et communes de ma Région.
Entrons maintenant dans le vif du sujet.
Compte tenu des impératifs qui m’ont été précisés, je devrai être relativement synthétique. Pourtant, je pourrais vous entretenir pendant des heures de l’expérience locale que je vis depuis maintenant quatre ans.
Cela témoigne manifestement de la motivation qui m’anime, de même que mes collaborateurs, dans une tâche qui apparaît gigantesque et, en tout cas, à la hauteur des défis que nous devons rencontrer.
L’équipe politique que j’ai le plaisir d’animer a pris ses quartiers voici tout juste quatre ans, au terme des élections communales d’octobre 1994 qui ont vu la liste que je conduisais enregistrer un raz de marée en enlevant 15 des 23 sièges du Conseil Communal.
Alors que le contexte socio-économique n’arrêtait pas de se dégrader, lentement mais inexorablement, l’équipe précédente semblait manquer d’un second souffle pour affronter les vrais défis de notre société.
Certes, elle n’avait pas démérité. Mais, à défaut d’une vue prospective sur les thèmes mobilisateurs, elle s’était contentée de gérer et de limiter les dégâts.
Reconduite, elle aurait sans nul doute enregistré la sanction de l’électeur, c’est-à-dire d’une population vivant dans une société qui évolue très vite, avec des mentalités qui ne cessent d’être bouleversées au point d’être difficilement maîtrisables. En juillet 1994, un sondage lui attribuait moins de 30 % des intentions de vote.
Une équipe jeune a alors pointé le bout du nez, prête à relever le défi. Elel parlait un langage différent, un langage empreint de sincérité. Elle a articulé son message sur quelques mots : l’emploi, la solidarité, la cohésion sociale et la sécurité.
Le soir des élections, deux tiers de l’électorat lui avaient fait confiance, moins sur des promesses que sur l’immense espoir qu’elle suscitait. Mais on entre là dans le domaine de la communication qui est un autre débat.
Lorsque j’ai pris mes fonctions, le constat auquel j’ai procédé était apocalyptique tant au niveau économique qu’au niveau social. Je vous en ai livré les grandes lignes dans le préambule.
La détérioration du tissu social, l’individualisme exacerbé, la perte de respect d’autrui, dans sa personne et dans ses biens, la précarisation matérielle des citoyens, un sentiment de fatalité devant un avenir sans perspective pour un grand nombre étaient autant de dérives qui découlaient d’une traversée du désert dont les dégâts devenaient irréversibles.
Alors, loin d’être rebutés par l’ampleur de la tâche, nous avons choisi d’aborder les problèmes les uns après les autres, avec souvent plus d’empirisme que d’expérience, mais avec une volonté inébranlable de réussir à briser ce cercle infernal, du moins en partie.
Motivation ou expérience ?
Certes, l’expérience, c’est-à-dire l’accumulation de cas vécus et la connaissance de textes, de procédures, constitue une valeur appréciable.
Mais dans une société où tout évolue très vite, qu’elle est sa vraie consistance ?
Certes, j’ai eu la chance de compter, parmi mes collaborateurs, des personnes qui étaient bien au courant des rouages administratifs et techniques, surtout dans des domaines qui se modifient moins rapidement. Cela a certainement évité beaucoup d’erreurs et de pertes de temps.
Mais pour aborder les domaines que nous devions affronter, il nous fallait autre chose.
Nous avions la foi (j’oserais dire l’inconscience) de tenter une expérience qui, pour être intéressante et enrichissante, n’en était pas moins une dernière chance pour nos populations. Nous l’affrontions donc avec l’énergie du désespoir.
Cela passait ou cela cassait.
Pour cela, l’équipe qui s’engageait dans cette aventure, en terrain inconnu, réservé à des spécialistes sociologues et économistes, avait besoin d’une fameuse dose de culot et d’énergie.
Le manque d’expérience n’a été à mon avis qu’un faible handicap, face à un entrain dont le meilleur témoignage est la réussite enregistrée en des temps records, que les technocrates rompus aux rouages n’ont pas encore très bien comprise.
C’est ce combat que je voudrais vous faire vivre.
Ainsi donc, il y a quatre ans, nous nous sommes trouvés devant une réalité économique, une réalité sociale et une réalité culturelle.
C’est comme si un cataclysme avait tout balayé, laissant après son passage de nombreuses victimes laissées pour compte.
Le constat, reposant sur une démarche intellectuelle simple, était implacable :
· la base tous les maux étant l’absence d’emplois pour la population, notre préoccupation essentielle devait être de mettre en place les conditions d’une création de nouveaux postes de travail ;
· la vocation d’un pouvoir local n’étant pas de créer de l’emploi, sauf pour répondre à ses besoins propres, le salut résidait dans le développement économique local ;
· en attendant la mise en place d’un nouveau tissu économique porteur d’emplois adaptés, il convenait de prendre des mesures palliatives destinées à endiguer les dérives sociales en attendant que l’occupation professionnelle, et donc les moyens de subsistance, fasse de nouveau son apparition dans les familles.
C’est à ce triple défi que nous nous sommes attachés.
Les mesures palliatives à caractère social
L’attitude la plus urgente consistait bien évidemment à recenser les problèmes induits par la détérioration du tissu social.
Certes, les mesures à mettre en place ne pouvaient avoir d’effets curatifs durables, sans que le mal ne soit endigué à la base. Mais, il est urgent de limiter les dégâts et d’empêcher une fracture sociale irrémédiable.
Le contexte qui a généré les émeutes dans plusieurs grandes villes d’Europe, belges, françaises et autres est exactement le même chez nous. Tous les ingrédients sont présents pour que l’explosion se produise. Seule l’importance du tissu associatif local empêche ou retarde la descente dans la rue.
Les mesures palliatives ont été développées dans le cadre d’un programme de lutte contre l’exclusion sociale intitulé « Plan Social Intégré » et développé avec le soutien de la Région Wallonne.
Cette expérience, qui s’avère, à l’usage, être globalement une réussite, a permis de développer un certain nombre d’actions dirigées vers les principales victimes de la crise : les bénéficiaires de l’aide sociale, les enfants, les jeunes, les toxicomanes, …
J’énumérerai schématiquement :
· l’opération « Réussir » , une prévention individualisée à l’échec scolaire qui se base sur le rétablissement d’une relation de confiance adulte/adolescent très différente du cadre scolaire ;
· l’opération « Elmo » de perfectionnement à la lecture et d’alphabétisation pour les jeunes et les adultes ;
· l’opération « Echec à l’échec » qui assure la réussite en seconde session des élèves en situation d’échec ;
· la réinsertion sociale par l’encadrement des enfants dans les écoles, une approche éducative et pédagogique du temps libre ;
· l’opération annuelle « Eté solidaire, je suis partenaire » qui occupe, pendant les vacances scolaires, des jeunes à des travaux d’intérêt collectif ;
· les « Points Relais », un service de première approche psycho-sociale en liaison avec les autres services, qui privilégie l’écoute, l’information, l’orientation, l’accompagnement social et psychologique et la coordination des différentes interventions ;
· la prévention de la toxicomanie par une approche des jeunes, l’établissement d’un contact, et l’organisation de consultations psycho-médico-sociales ;
· la mise en place de Centres de Rencontre des Jeunes, une suite logique de la prévention toxicomanie ;
· les modules de resocialisation et de formation professionnelles ;
· les conventions de réinsertion socioprofessionnelle ;
· la Maison de la Solidarité, qui développe une réinsertion des personnes bénéficiaires du minimum de moyens d’existence mis au service de leurs semblables dans la remise en état du mobilier, de vêtements, …
· la promotion et le développement d’une éthique de la solidarité, au travers d’actions de sensibilisation locale et d’interventions extérieures ;
· les actions de sensibilisation et d’aide à caractère humanitaire ;
· l’Agence Locale pour l’Emploi qui permet de mettre en relation l’offre et la demande dans le domaine des petits boulots à caractère domestique ;
· la Maison de l’Emploi qui apporte une aide très large dans la recherche d’un emploi ;
· le soutien du Centre culturel local au niveau logistique ;
· la Médiation de dettes qui tente d’aider les victimes du surendettement par des contacts privilégiés avec le secteur du crédit ;
· les Activités de vacances, une autre prévention de l’exclusion, de l’oisiveté et de la délinquance pendant les vacances scolaires ;
· l’aménagement d’un logement d’urgence, destiné à accueillir les sans-abri ;
· l’Agence Immobilière Sociale dont la vocation est de remettre dans le circuit locatif des immeubles inoccupés ;
· le Suivi des locataires des habitations sociales, un public particulièrement précarisé souvent incapable de se gérer sans accompagnement social ;
· la mise en place de nouveaux services et emplois de solidarité et de proximité tels que les personnes chargées de la sécurité des enfants aux abords des écoles, les stewards de quartier, les « emplois locaux d’intérêt social » chargé de la collecte sélective de déchets à domicile ou de l’aide au déblaiement de la neige, ou encore des bénéficiaires du minimum de moyens d’existence pour la propreté urbaine ;
· la participation au service d’urgence sociale développé par la Communauté urbaine de Charleroi, la plus grande ville de Wallonie dont nous sommes très proches.
Voilà pour l’essentiel.
Pour mener à bien ces différentes initiatives, quelque deux cents emplois (représentant 120 équivalents temps plein) ont été conférés au sein des nouveaux services communaux destinés à les gérer.
Cette création d’emplois est pourtant limitée à ces besoins et n’est plus susceptibles d’extension majeure.
Le développement économique local
Les entreprises privées du secteur marchand étant les vecteurs privilégiés de la création de prospérité et d’emplois, les autorités communales ont décidé de créer trois pôles de développement économique :
- le premier a pu être concrétisé après l’achat d’un ancien site charbonnier désaffecté, sa réhabilitation et son équipement ; il permet l’installation d’entreprises à caractère industriel ; le premier investisseur est déjà opérationnel et les demandes d’implantation affluent ;
- le second a une vocation commerciale, artisanale et de services et s’implante en bordure du réseau routier rapide, pour des raisons évidentes d’attrait ; le début des travaux est prévu dans quelques mois ;
- le troisième consiste à la mise en place d’une vaste filière industrielle basée sur la production d’œufs de poule et leur transformation en produits alimentaires d’une nouvelle génération.
Là encore, c’est parce qu’elles ont dû pallier la carence d’organismes supra-locaux que les autorités communales se sont lancées dans ce pari fou, sans expérience, sans connaissance des difficultés.
Pour les deux premières zones, la réussite est totale ; elle a pu être atteinte grâce à une volonté inébranlable d’aboutir et de surmonter les écueils de procédure.
Pour le troisième projet, le dossier est toujours en cours avec les autorités régionales puisqu’il dépend de dispositions à arrêter en matière d’aménagement du territoire.
Si toutes ces initiatives sont menées à bon terme, elles permettront de donner du travail, le plus souvent peu qualifié, à plusieurs centaines de personnes, sans compter les emplois indirects, le coup de fouet au secteur tertiaire en général et au commerce local en particulier.
Afin de ne rater aucune opportunité dans ce domaine, une Agence de Développement Local vient d’ouvrir ses portes, sous le couvert d’un projet-pilote régional, qui aura pour mission d’aider les indépendants, les artisans, les petites entreprises à surmonter les procédures administratives menant à la création, à l’extension d’activités, … et donc à la création d’emplois.
D’autres combats encore …
Les actions novatrices ne se limitent pas là tant ma Commune et moi-même sommes à la pointe du combat et des initiatives novatrices dans notre région, un rôle d’ailleurs disproportionné avec la taille de notre entité territoriale. David se met au niveau de Goliath …
Je citerai encore, parmi les actions que je mène :
· la création d’une Communauté urbaine une instance supra-locale donc tant, dans l’Europe qui se construit et s’étend, une entité territoriale ne peut être crédible et être éligible aux fonds européens de développement que si elle atteint une taille d’un demi-million d’habitants ; en Belgique aujourd’hui, rares sont les métropoles hormis Bruxelles qui dépassent les 200.000 âmes.
· La modification, dans un souci de réalisme et d’efficacité, des structures, de la répartition des compétences et des mentalités des associations intercommunales chargées de la prise en charge de problèmes spécifiques comme les déchets, la santé, le développement économique, etc …
· La prise de conscience de la nécessité de mettre en place, au sein de toute la région wallonne, de mécanismes basés sur la solidarité, basée sur une meilleure répartition des subventions et de la fiscalité.
· La mise à disposition des centres culturels locaux, par une chaîne de télévision communautaire, de matériel audiovisuel permettant une meilleure appréhension de l’information locale et sa diffusion sur l’ensemble du réseau ; j’aurai sans doute l’occasion d’approfondir ce sujet dans un atelier.
Mesdames, Messieurs,
Voilà une petite partie, ciblée sur un créneau, du dynamisme que nous avons engrangé.
Avec peu d’expérience, mais avec une motivation étonnante sans cesse accrue au fil des réussites ponctuelles.
De cet engagement politique au niveau local, je retire une leçon essentielle.
L’expérience, à mon sens, devient très vite un poids plus qu’un moteur lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’une remise en question permanente. Elle devient rapidement synonyme d’habitudes qui n’ont plus aucun fondement. Elle apparaît en complète inadéquation avec les exigences modernes.
Je vous parlais il y a un instant des idées novatrices que j’initiais. Il s’agit d’autant d’interventions qui ne reçoivent qu’un accueil mitigé parce qu’elles choquent les mentalités ancrées, parce qu’elles modifient les comportements et les habitudes, parce qu’elles bousculent un vécu et une expérience.
Aujourd’hui, celui qui n’avance pas recule. Et il en est qui s’avèrent incapables d’intégrer aisément quelque évolution que ce soit. Pour eux, l’avenir est derrière eux et, dans les services communaux, ils sont devenus des collaborateurs de seconde zone, certes encore utiles, mais qui resteront éloignés à tout jamais de la nouvelle démarche.
A côté de cela, l’arrivée de nouveaux éléments tant dans le personnel politique qu’administratif (malgré leur manque d’expérience pointue) a permis d’insuffler une approche dynamique parce qu’ils n’ont pas pu être gangrenés par des attitudes du genre « on a toujours fait comme cela … ».
Evidemment, le « nec plus ultra », c’est de trouver des gens qui mettent leur expérience au service d’une approche nouvelle et d’une réponse adéquate, sans à priori et avec l’ouverture d’esprit nécessaire, avec, en outre, une capacité à la créativité.
Cette collaboration, j’ai pu la trouver canalisée au sein d’une équipe qui a parfaitement compris les enjeux à relever, et qui s’est impliquée sans retenue dans des domaines totalement inconnus et dans lesquels on voit évoluer habituellement des spécialistes.
Dans cette démarche, on retrouve à la fois la motivation et l’expérience. La première, vous l’aurez aisément comprise.
La seconde, par contre, ce n’est pas celle des ronds de cuir que j’ai citée ci-avant ; c’est la connaissance du terrain, la connaissance du tissu socio-économique, l’appréhension des mécanismes humains et qui ont conduit à la dérive que j’appelle « expérience ».
Dans notre cas, la motivation est un sentiment-passion issu d’un attachement à nos valeurs.
Récemment, dans un souci d’identité locale, nous avons choisi comme emblème le chat dont le nom rappelle les premières lettres de l’appellation de la Commune de Chapelle/lez/Herlaimont.
Or, le chat, tout indépendant qu’il soit, est très attaché à ses racines et revient toujours, même après un long périple, sur ses terres.
Notre mentalité y est très proche. C’est dire si la manière passionnée dont nous avons abordé la tâche qui nous était impartie et la mission que nous nous sommes fixés n’avait aucune commune mesure avec un contexte professionnel habituel.
Notre réaction spontanée qui induit notre motivation est empreinte de civisme. Cela eût été un reniement de nos origines que d’agir autrement … ou de ne pas agir du tout.
La seule expérience dont nous disposions mais elle est de taille c’est l’excellente perception de la mentalité et des besoins d’une population qui est en fait notre cadre de vie depuis notre enfance.
C’est cette expérience qui a permis de cibler les meilleures réponses à apporter à chaque groupe de problèmes de manière à envisager les meilleures actions nécessitant des moyens économiquement ciblés, sans gabegie, sans dispersion d’efforts, avec une rentabilité assurée des investissements en implication humaine et financière.
Cet épisode de ma carrière, il valait vraiment la peine d’être vécu et je suis prêt à le faire partager tant il est empreint de richesse, de satisfactions et de sentiments du devoir accompli, même si, en cette matière, le mot « fin » n’apparaît jamais.
Comme vous l’aurez compris dans le préambule de mon exposé, la dernière innovation que j’ai initiée chez nous est l’entretien de relations internationales parce que l’heure n’est plus, pour une foule de raisons que je ne développerai pas ici, au localisme et au nationalisme.
Ces relations sont riches d’enseignements. Elles constituent également un pôle de développement potentiel et l’ouverture de nouveaux horizons.
Ma conclusion sera celle-ci : la politique (dans le sens noble et étymologique du terme) est faite de réflexion, d’action et de prospective.
L’expérience que j’ai essayée de vous faire partager doit être prise avec toutes les réserves d’usage tant il est malaisé de se livrer à des transpositions aveugles.
Elle gagne certainement à être vécue parce que je crains que la simple énumération des actions et du contexte n’en enlève l’essentiel de sa richesse.
Mesdames, Messieurs,
Je considère que celui qui n’agit pas ne commet qu’une seule erreur … mais elle est incommensurable.
Patrick MORIAU,
Député-Maire