| Patrick Moriau DEPUTE - BOURGMESTRE VIE PUBLIQUE |
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DISCOURS DE PATRICK MORIAU, PRÉSIDENT FÉDÉRAL
1er MAI 2003
Citoyens, Citoyennes,
Camarades,
Nous voici à nouveau réunis pour notre fête du 1er mai, fête de combats, et évidemment aujourd’hui, fête dans un contexte de campagne électorale, oh combien importante !
Mes chers Camarades,
Cela fait maintenant plus d’un siècle que chaque 1er mai partout dans le monde, des hommes, des femmes manifestent.
Ils manifestent avant tout pour des valeurs :
pour des valeurs de justice sociale, pour des valeurs d’égalité, de solidarité, de fraternité.
Pour des valeurs de démocratie et d’humanisme…
Et nous sommes de ceux-là, encore et toujours.
Nous savons, nous, gens de gauche, que la démocratie est toujours cette idée neuve à conquérir.
Nous savons que rien n’est jamais acquis et que la lutte pour la paix, la justice et la solidarité ne finira jamais. Parce que le monde change.
Mes chers amis,
Vous comprendrez à quel point je suis heureux aujourd’hui quand nous sommes ici tous ensemble, la grande famille de la gauche, avec la F.G.T.B., la Mutualité, les mouvements associatifs qui participent à notre idéal.
Et je dis bien famille car voyez-vous, nous sommes autre chose qu’un rassemblement d’hommes et de femmes qui n’auraient d’autre but que d’instrumentaliser l’accession au pouvoir.
Nous sommes autre chose qu’une auberge espagnole où quelques carriéristes ne rêvent que de se servir.
Nous sommes autre chose, nous formons une famille, l’idéal de fraternité qui nous unit. Cet idéal, il nous différencie des autres.
Pas seulement la fraternité entre nous mais cette conception universelle qui fait de nous des citoyens du monde parce que nous sommes solidaires de toutes celles et tous ceux qui souffrent, de toutes celles et tous ceux qui sont bafoués dans leurs droits les plus élémentaires.
Chers Camarades,
Je vous le disais, notre combat est un combat pour les valeurs. Et au-delà des mots, les valeurs doivent se concrétiser dans le quotidien de celles et ceux que nous sommes chargés de défendre.
Après 100 ans de luttes sociales, est-il encore imaginable qu’une institutrice de maternelle puisse distinguer le gosse qui hélas n’aura pas la chance de poursuivre ses études ?
Impensable pour un socialiste.
Après plus de 80 ans d’existence de la loi sur les habitations sociales n’est-il pas révoltant de savoir qu’une personne âgée qui a travaillé toute sa vie ne puisse bénéficier d’un logement décent en fonction de ses revenus ?
Impensable pour un socialiste.
Avec l’évolution de notre société est-il possible que la seule réponse au vieillissement de la population (merveilleuse victoire sur l’adversité) soit une logique de médicalisation dans les maisons de repos pour ceux qui ont les moyens et la solitude pour les autres ?
Impensable pour un socialiste.
Cela veut dire qu’il y a encore tant à réaliser.
Et les exemples que je viens de citer, qui peut mieux les rencontrer que le pouvoir de proximité ?
Mais je constate que ce pouvoir à savoir la commune est de manière insidieuse mis en cause par des mesures successives qui risquent de mettre à mal l’action pour l’égalité, des socialistes, en majorité.
Une réforme des polices dont le Ministre libéral a prétendu de manière insensée qu’elle ne coûterait rien aux communes et que grâce, de nouveau à l’action des socialistes, des correctifs certes insuffisants ont démontré l’absurdité du discours tenu pendant plusieurs années de cette éminence libérale.
Mais au nom des gens de terrain, je dis et j’annonce que le combat n’est pas terminé car je le répète ces correctifs sont insuffisants.
Une réforme fiscale, importante pour les ménages, d’un ministre libéral encore et toujours mais qui avantage les gros revenus parce que la droite refuse systématiquement l’instauration d’un cadastre des fortunes.
Là il y a encore et toujours une lutte à mener.
Une réforme COPERNIC, réforme « poudre aux yeux » sur base d’un questionnaire ridicule, réforme coûteuse, absurde aux conséquences non encore bien perçues et qui devra être revue impérativement.
Et je pourrais en citer bien d’autres. Des mesures certes positives mais dont le coût d’application est imposé aux pouvoirs subordonnés.
Mes chers Camarades,
J’en suis sûr, l’un des 1ers combats de la prochaine législature sera de mettre fin à des décisions prises en haut lieu sans les moyens y afférents et qui relèvent d’une volonté politique délibérée anti-socialiste car c’est au niveau de proximité que l’on peut souvent mettre en œuvre des politiques efficaces de luttes contre les inégalités. Nous le savons ici dans notre fédération dans les 14 communes que nous gérons et où tous les jours nous renforçons la cohésion sociale en ces temps de repli sur soi, d’individualisme, de rejet de l’autre.
L’autre enjeu tout aussi prioritaire sera bien entendu l’enjeu de la solidarité.
La solidarité, mes chers Camarades, c’est ce qui permet de concrétiser l’égalité.
En effet, c’est par cette formidable notion humaniste que l’on peut gommer les différences issues des aléas de la vie et l’expression même de la solidarité c’est bien évidemment notre sécurité sociale.
Cette merveilleuse construction, œuvre de nos aïeux, qui nous permet aujourd’hui de bénéficier de l’index, d’un système de soins de santé accessible à tous, d’allocations de chômage non limitées dans le temps… des mesures sociales qui n’existent pas ou plus ailleurs.
Cette construction bien évidemment, est aujourd’hui la cible des ténors de l’ultra libéralisme et des « suppôts » du nationalisme.
Dans les 2 cas, il s’agit d’une logique du repli sur soi. Pour les uns, il s’agit de donner un minimum à tous et puis le reste en fonction des revenus ; pour les autres, c’est la notion de ce qu’ils appellent le « juste retour » c.à.d. le refus des plus forts d’aider les plus faibles.
Ils doivent être combattus. Avec la même intensité.
C’est notre devoir de solidarité et la gauche se doit de rassembler tous ceux qui refusent cette vision d’une société basée sur la loi du plus fort, le chacun pour soi et le laisser faire.
La solidarité est un lien entre des personnes quel que soit leur langue, leur sexe, leur état de santé, leur race, leur état social… c’est une valeur qui se conjugue dans le temps et dans l’espace. C’est le ciment de notre pays et il est donc clair que pour nous, gens de gauche, le combat pour la sécurité sociale est le combat prioritaire par excellence passant bien sûr par une relance de l’emploi à tous les niveaux et en particulier dans les services publics dont l’unicité et le refinancement constituent à nos yeux un objectif tout aussi prioritaire.
Car un taux d’activité élevé permettra sans aucun doute de compenser l’augmentation des dépenses de notre sécurité sociale. Augmentation liée aux progrès fantastiques de la médecine, à l’amélioration du bien être de vie qui nous permet aujourd’hui de vivre plus longtemps, bref de correspondre à l’évolution de notre société.
« Si la santé n’a pas de prix, elle a un coût » disait déjà notre ami Philippe BUSQUIN que je salue au passage après les dures épreuves qu’il vient de subir.
Philippe sait ce que « famille socialiste » veut dire.
Le maintien de l’équilibre financier, je le redis, de la sécurité sociale est donc le combat prioritaire des Socialistes parce qu’il permet l’accessibilité de tous et concrétise ainsi la valeur de l’égalité.
Mes chers Camarades,
En ces temps de surchauffe électorale, nous entendons les surenchères des uns et des autres.
Discours empreints de magie électoraliste, car le libéralisme social nous promet des diminutions d’impôt, un refinancement de la sécurité sociale, une augmentation des budgets dans les administrations d’état. Cela relève de la sorcellerie.
Camarades,
Le libéralisme social n’existe qu’en période électorale. Nous l’avons vu sous la précédente législature quand il s’est agi d’aborder le prix unique du livre par exemple ou la taxe sur les flux financiers dite taxe TOBIN ou la déclaration de patrimoine des mandataires ou le projet d’accessibilité de tous à la justice visant à inclure les frais de justice dans les assurances familiales ou même la loi sur la compétence universelle où l’on peut traduire en justice les petits et que l’on s’empresse de modifier pour les grands de ce monde.
Là mes chers Camarades, sur tous ces sujets que je viens d’évoquer les tenants du soi-disant libéralisme social étaient nos adversaires avec la droite la plus dure.
Mes chers amis, le combat de la gauche est un combat qui doit sans cesse se renouveler.
Rappelez-vous l’an dernier ici-même, je vous disais que « notre éthique de proximité impliquait aussi un engagement bien plus large. »
Je vous disais, « il faut penser global et agir local » et j’ajoutais « il faut tout mettre en œuvre pour construire cet idéal de paix, de justice, d’une Europe qui soit enfin autre chose qu’un simple marché économique ». D’une Europe qui devienne une Europe politique, une Europe du citoyen dont on a vu les limites en ex-Yougoslavie ou au Moyen-Orient et j’ajoutais « non plus une Europe caniche de l’oncle Sam mais une Europe garante de nos valeurs, de notre culture, de notre humanisme. »
Un an plus tard, après la guerre sale, illégitime, illégale, de Georges Bush, envers le peuple Irakien, le constat est terrible même si on ne peut que se réjouir de la chute d’un dictateur comme l’était Sadam Hussein.
Le nombre des victimes innocentes nous est tu. Il est pourtant immense. Je pense au petit Ali que vous avez vu hurler de douleur par manque de médicaments, amputé des 2 bras et brûlé à 70%, c’est à lui qui ne me connaît pas que je dédie mon message du 1er mai.
Et puis, au-delà de l’horreur, nos institutions internationales sont mises à mal. L’Europe apparaît plus que jamais divisée à l’aube de son élargissement.
Les Nations-Unies sont ridiculisées… Et les risques d’embrasement de chocs de civilisations, de religions, n’ont jamais été si inquiétants. Sans compter les répercussions sur le plan économique.
Tout cela parce que la loi du plus fort semble avoir pris le pas sur le dialogue, la tolérance, le respect de l’autre.
C’est dire que le combat pour les valeurs reste universel. Il se situe, tant au niveau local qu’à un niveau bien plus large, international. C’est dire que le socialisme démocratique plus que jamais doit se ressourcer et amener des réponses nouvelles à l’évolution de notre société.
Autrefois axée sur la contradiction entre les intérêts des travailleurs et les intérêts du patronat, le socialisme doit se tourner davantage aujourd’hui vers cet antagonisme insupportable entre d’une part les nantis, les rentiers, les spéculateurs, les profiteurs du système et de l’autre, les précarisés, les exclus, les individus solitaires, tous ceux et toutes celles qui ont le sentiment d’avoir perdu leur place dans la société, leur identité, leur reconnaissance.
Quand on constate le mépris des plus forts comme un Georges BUSH ou plus près de nous, des responsables d’ARCELOR, du patronat qui détournent les mesures de socialisation et de réintégration par le travail, comme à CATERPILLAR ou dans la grande distribution par exemple, quand on constate l’arrogance de tous ceux qui ont perdu ce minimum d’humanisme et qui assument la transformation de notre société en loi de la jungle, ceux-là et ceux qui les supportent, sont nos ennemis irrémédiablement.
Il n’y a pas de consensus possible. Il existe et il existera toujours une gauche et une droite. Et il ne faut rien attendre des discours incantatoires, des lamentations résignées, ni des regrets d’un quelconque nostalgique paradis perdu.
Les pessimistes se condamnent à n’être que des spectateurs.
Nous sommes quant à nous progressistes, réformistes, humanistes volontaires…
Oui, mes chers Camarades, nous sommes les acteurs du changement. Nous sommes un parti de mouvement, de progrès car notre message s’adresse avant tout aux personnes, aux individus et parce que nous avons la modestie de ceux qui savent que rien n’est jamais acquis.
Chers amis, camarades,
Le socialisme, je vous le disais en commençant c’est autre chose. C’est une famille certes, mais aussi une éthique de loyauté, de solidarité, de responsabilité.
Face aux partis du Nord du pays, poussés dans le dos par le fascisme « nouvelle vague » du Vlaamse Blok.
Face au MR désormais footbalistique, sans vergogne, avec une idéologie strass et paillettes, prête à toutes les récupérations.
Face aux Ecolos avec qui nous avons des convergences sur la sécurité sociale par exemple mais qui font parfois preuve d’un sectarisme démesuré, dois-je rappeler Francorchamps ?
Face au PSC relooké CDH qui désormais navigue dans l’opportunisme à tout crin.
Mes chers Camarades, enfin et surtout face à la honte démocratique que constitue l’extrême droite, il reste et il restera toujours le socialisme démocratique.
Nous le savons ici dans notre région, le socialisme démocratique est notre histoire, notre culture, notre avenir, notre espoir.
Vous en êtes les témoins actifs par votre militantisme.
C’est cela que nous devons sans cesse réaffirmer. Cette volonté universelle, celle des gens de gauche, cette formidable volonté qui est celle de vouloir changer le monde afin de le rendre plus juste, tout simplement plus humain.
Cette volonté nous l’avons dans notre raison, dans nos tripes, dans notre cœur.
Elle est frappée du rouge de notre Histoire, de nos luttes, de nos combats.
Elle est marquée du rouge-sang de toutes celles et tous ceux qui ont souffert, qui souffrent et qui portent envers nous l’espoir du renouveau, l’espoir du neuf.
Vive le socialisme.
Vive le 1er mai.