Patrick Moriau
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DISCOURS DU 1er MAI 2002
PATRICK MORIAU,
PRESIDENT FEDERAL
CHARLEROI

Citoyens,
Citoyennes,
Mes Chers Camarades,


Nous voici à nouveau réunis pour notre fête du 1er mai, fête de combat, fête de revendications, mais aussi, et aujourd’hui plus que jamais, fête de réflexions.

Mes Chers Camarades,

A l’instant où je vous parle, des centaines de personnes, des milliers de démocrates, manifestent à Paris pour la Démocratie et bien entendu nous sommes de tout cœur et de toute notre raison à leurs côtés.

C’est vrai que depuis ce maudit dimanche d’avril tous ceux qui ont par leurs tripes, défendu les valeurs de liberté, de justice, de solidarité en un mot les valeurs de démocratie ont aujourd’hui la nausée. Et nous sommes de ceux là !

Mais, Mes Chers Camarades, la question principale est : comment en sommes-nous arrivés là ?

Je ne serai pas de ceux qui gonflent exagérément le phénomène Le Pen en France ou d’Haider en Autriche ou de Forthuin en Hollande ou de Berlusconi et ses sbires en Italie car je vais peut-être vous étonner quand nous comparons les résultats du 1er tour des présidentielles en France en 1995, les voix de l’extrême droite de Le Pen additionnées à celles de De Villiers représentaient 6 millions et 14 mille voix.

Aujourd’hui, en 2002, les voix de Le Pen et de Mégret représentent 5 millions 472 mille voix. Il est donc faux archi faux de prétendre à une fantastique poussée de l’Extrême Droite puisque celle-ci perd grosso modo 10% de sa clientèle électorale et il est clair, en plus, que dans ce potentiel restant, il existe une bonne part de votes protestataires qui n’adhèrent pas à ces idées nauséabondes qui furent à la base des plus grands massacres de ce siècle, et qui relève de logique de racisme, de xénophobisme, de rejet de l’autre, …

Mais, ce qui est nouveau, c’est que pour la première fois, l’Extrême Droite sera au second tour de l’élection présidentielle française !

Comment cela a-t-il pu se passer ? Là est la question essentielle.

La réponse est claire, c’est la division de la Gauche qui a amené cette terrible situation. La Gauche dans son ensemble qui présentait 7 candidats sur 16 dont certains, je pense notamment à la candidate du Parti Radical de gauche, Madame Taubira, avaient un programme quasi identique à celui de Lionel Jospin.

660.000 voix perdues qui auraient pu faire barrage au « nazillard franchouillard. »

Par contre, dans son ensemble, toujours par rapport au 1er tour de 95, la gauche plurielle a progressé de plus d’un million de voix et la droite classique a perdu quant à elle 1 million 200 mille électeurs.

TERRIBLE CONSTAT.

Ce constat, c’est le constat qui revient tout au long de nos luttes et de nos combats. Chaque fois que la Gauche a été divisée, c’est la Droite la plus réactionnaire qui a ramassé les plats avec ce que l’on sait comme dérives : cortège d’injustices, d’inégalités, de drames pour ceux que nous sommes chargés de défendre c’est-à-dire les plus faibles de notre société que sont les travailleurs, les invalides, les allocataires sociaux, … pour ceux qui, aujourd’hui, se sentent exclus d’un monde très dur, cruel et qui ont du mal à trouver leur place, leur dignité, leur reconnaissance sociale et qui expriment leur terrible désespérance notamment par des votes de protestations.

Chers Amis,

La responsabilité de la Gauche dans les élections françaises est entière comme l’est celle du Parti Socialiste qui n’a pas su rassembler, parce qu’avec une certaine arrogance, il s’est cru investi d’une victoire inéluctable.

Cela nous démontre que rien n’est jamais acquis, que notre combat reste toujours le même. Et ce combat, c’est celui de nos valeurs, c’est celui de longues décennies, de luttes que nous commémorons en ce jour, un combat qu’il nous faut mener nous-mêmes et en restant nous-mêmes. Car voyez-vous il faut d’abord convaincre et rassembler parmi les siens si l’on veut convaincre et rassembler les autres !

Mes Cher Amis,

Je pourrais continuer l’analyse de ce terrible scrutin français en vous disant combien ma colère est immense.

Colère contre ceux qui prônent l’apolitisme béat et le désengagement en disant « ça sert à rien … d’aller voter », qui confondent droit de vote et devoir de vote !

Colère contre ceux qui ont banalisé les discours extrémistes par leur attitude ou la récupération de leurs thèmes démagogiques … et qui continuent, même chez nous !

Colère contre ceux qui tiennent des discours paillettes aseptisés censés plaire à tout le monde et qui ne touchent personne …

Colère contre cette pensée unique néo-libérale que l’on nous présente encore comme inéluctable et qui n’engendre qu’individualisme, corporatisme, communautarisme, ou autre repli sur soi ….

Colère encore contre le mépris, l’indifférence qui éloignent nos citoyens d’une classe politique qui a parfois tendance à se complaire dans l’autosatisfaction.

Colère contre ces sondages qui aujourd’hui dictent les conduites et les marches à suivre et dont on a vu les limites !

Colère contre l’absence de réflexion et de prise en compte des leçons du passé.

Colère contre les énarques et autres technocrates du marketing donneurs de leçons, contre ces chantres de la modernité qui « ringardisent » les vraies valeurs … et privilégient avant tout la forme.

Colère enfin contre ceux qui oublient parfois qui ils sont !

Mes Chers Camarades,


Sachons tirer les leçons de ce qui s’est passé.

En 1994, lors de mon accession à la présidence fédérale, je m’exprimais ainsi : « Albert Camus disait que « la seule façon de mettre les gens ensemble, c’est encore de leur envoyer la peste » …

Eh bien, Chers Amis, la peste est à nos portes.

Ce n’est pas la peste brune évidente, celle des nazillons qui lancent le bras vers un hypothétique et illusoire avenir.

La peste, c’est ce fascisme new look et médiatisé, qui avance en BC/BG, à la Berlusconi, l’air de rien, ce fascisme qui veut acheter la démocratie pour la mettre à son service, au service de l’ordre établi.

Ensemble, il nous appartient, à nous, socialistes et gens de gauche, d’inventer des réponses nouvelles et convaincantes.

Il nous appartient, à nous, socialistes et gens de gauche, de montrer que la démocratie est toujours cette idée neuve à conquérir.

Bien plus qu’une idée, un comportement !

Car, Chers Camarades, c’est de cela dont il s’agit, nous devons être fidèles à nos valeurs, fidèles à nos engagements, à nous-mêmes si nous voulons changer les choses autour de nous.

Et notre engagement se révèle par notre comportement.

Et ces engagements politiques, vous le savez tous, ils sont d’abord et avant tout locaux parce que là est la base de la démocratie, là réside la proximité !

Près des gens.

Un travail quotidien, concret et efficace.

Dans chaque commune.

Nous en savons quelque chose, ici, dans les 14 entités de notre arrondissement, les 75 anciennes communes.

Ce sont les socialistes qui, là au pouvoir dans les 14 entités (fait historique !) qui agissent pour qu’il y ait plus de solidarité sociale !

Ce sont les socialistes qui président les 14 CPAS (fait historique !) et luttent contre l’exclusion sociale.

A la Province, à la Région, à la Communauté, au Fédéral et à l’Europe, notre utilité est inscrite dans notre action quotidienne, auprès des gens, avec les gens. Il s’agit comme je le répète toujours « de penser global et d’agir local ».

Et la première mission du socialisme démocratique réside dans cette action. Une action de proximité.

C’est vrai, certains ont peut-être parfois oublié que le socialisme s’adresse avant tout aux personnes, aux individus.

Mes Chers Camarades,

Ce comportement de proximité implique aussi un engagement bien plus large au niveau de l’Europe. Il est clair qu’aujourd’hui cet idéal de Paix, de Justice, d’une Europe - qui soit enfin autre chose qu’un simple marché économique - devienne réellement cette Europe politique, cette Europe du citoyen dont on voit les limites aujourd’hui . Que ce soit hier lors du conflit en Ex Yougoslavie ou maintenant au Moyen Orient. Non plus une Europe caniche de l’Oncle Sam, mais une Europe garante de nos valeurs, de notre culture, de notre humanisme.

Chers Amis,

Je vous disais, et je n’ai de cesse de le répéter, il faut « penser global et agir local ».

Cela veut dire pour nous, citoyens européens, penser Europe mais aussi et surtout agir chez nous dans la proximité, près des gens, pour nos gens.


Cela nécessite aussi une pédagogie politique intense au-delà des slogans, des simplismes. Cela veut dire combattre la Droite qui, aujourd’hui, se délecte des événements, que j’évoquais tout à l’heure en France, en se considérant désormais comme le seul rempart pour la Démocratie mais en ramenant les thèmes si chers à ceux qu’elle prétend combattre et révèle ainsi sa vraie nature conservatrice.

Il n’a pas fallu longtemps pour entendre le thudinien de Schaerbeek à la barbe rousse, Président d’un mouvement « attrape-tout », surfer sur les thèses sécuritaires de l’Extrême Droite française. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour voir le robocop de pacotille de l’intérieur organiser des opérations coup de poing, certes nécessaires, mais se calfeutrer dans un silence de notaire quant aux moyens affectés aux communes pour leur police de proximité, proximité dont il voudrait être désormais le champion.

Comme il ne faut pas attendre grand chose du fils de papa à l’intérieur wallon qui, sous le couvert de la nouvelle culture politique, prétend souhaiter la transparence mais reste bien silencieux quand on l’interpelle sur les critères d’attribution du plan Tonus, par exemple.

Chers Camarades,

Je reste convaincu que le socialisme démocratique est la cause la plus juste au monde tout simplement parce qu’il est universel dans le temps et dans l’espace.

Partout dans le monde, des Hommes et des Femmes se sont battus et se battent pour les mêmes idéaux de Justice, de Liberté, de Solidarité.


Le monde a changé, mais aujourd’hui, à l’heure de la globalisation, plus personne ne nie la nécessité d’une régulation dans le commerce international, c’est un principe socialiste !

Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’observateurs et d’acteurs de la vie politique qui insistent sur l’impérieux, sur l’indispensable moyen de combattre le capitalisme spéculatif par l’introduction d’une taxe sur les flux financiers, c’est un principe socialiste.

Je suis d’ailleurs le co-auteur d’une proposition de loi en ce sens avec mon collège Dirk Van der Maelen du SP.A.

Aujourd’hui, chacun s’accorde à mettre en évidence le rôle de la puissance publique en tant que protecteur des citoyens en terme de sécurité, mais au sens large, sécurité alimentaire, sécurité des biens et des personnes, sécurité de l’emploi, sécurité de l’espace de vie, c’est encore et toujours un principe socialiste qui va au-delà du simple rôle de régulation, car nous voulons être aussi et surtout des opérateurs, des acteurs de changement.

Aujourd’hui, tout le monde préconise et aspire de tout son être à la paix a fortiori aux regards des drames qui se déroulent partout dans le monde, en Irak, en Afghanistan, en Palestine, en Israël, pour ne citer que ces lieux médiatisés pour l’instant. La Paix, c’est toujours un principe socialiste.

Chers camarades,

C’est cela le 1er mai, réaffirmer nos valeurs, réaffirmer ce que nous sommes, rassembler autant que faire se peut. Et je lance encore une fois un appel à nos amis de la FGTB, des Mutualités, des mouvements associatifs qui participent à cet idéal de Paix, de Justice, de Solidarité et de Démocratie. C’est cela le message du 1er mai, même et surtout quand le monde change et quand les temps sont difficiles.

Autrefois axé sur la contradiction entre les intérêts des travailleurs et les intérêts du patronat, le socialisme démocratique doit se tourner davantage aujourd’hui vers cet antagonisme insupportable entre, d’une part, les nantis, les rentiers, les spéculateurs, les profiteurs du système et, de l’autre, les précarisés et les exclus, les individus solitaires, tous ceux et toutes celles qui ont le sentiment d’avoir perdu leur place dans la société, leur identité, leur reconnaissance.

Camarades, mes amis,

Les jeux en coulisses, les jeux de rôle, les vieilles querelles et les polémiques, les ambitions personnelles et les stratégies de carrière, n’intéressent personne.

Mais tout cela fait partie des habitudes, des traditions, des rites inhérents à la politique politicienne.

Mais non, il ne faut rien attendre de ces rites sans fondement.

Dans la résurgence de l’Extrême Droite et dans l’effritement de la Gauche un peu partout en Europe, il ne faudra rien attendre non plus des discours incantatoires et des lamentations résignées. Plongés dans les regrets d’un quelconque et nostalgique paradis perdu, les pessimistes se condamnent à n’être que des spectateurs.

La Gauche se doit d’être progressiste, réformiste, humaniste, inventive, volontaire et radicale ?

Oui, le Parti est progressiste, réformiste, humaniste, inventif, volontaire et radical !

Oui, car nous sommes des acteurs du changement.

Oui, car nous sommes un parti de mouvement et de progrès.

Défendons nos réalisations, nos bilans !

Défendons notre culture de socialiste ! Mais, attention, il ne s’agit pas de nous replier sur nous-mêmes mais tout simplement avant tout d’être nous-mêmes !

Et surtout, innovons, soyons créatifs !

Et ce sans arrogance !

Avec la modestie de ceux qui savent que rien n’est jamais acquis.

Avec la fraternité de ceux qui partagent un formidable idéal d’égalité, de justice, de liberté et de solidarité.

Camarades,

Notre travail doit être ouvert sur et près de nos gens, sans préjugés, sans tabous, sans a priori.

Il nous faut réconcilier le politique et le citoyen, sans cesse, le phénomène n’est pas neuf.

Nous devons redonner un sens à la politique comme service au bien commun, comme service de l’intérêt général et des plus faibles en particulier.

Nous devons redonner un sens au socialisme démocratique, ici, dans notre région, parce qu’il est notre histoire, notre avenir et notre espoir.

Vous en êtes les témoins et surtout les acteurs par votre militantisme.

Je vous en remercie et en cela, grâce à vous, je suis plus que jamais optimiste car nous avons en nous ce morceau de chiffon rouge accroché à notre cœur, qui illumine notre idéal et que jamais, jamais personne ne pourra nous l’arracher.

Vive le socialisme,
Vive le 1er mai.


Le premier mai,
Un jour pour rassembler
Les défenseurs obstinés
De civisme, de tolérance, de solidarité

Un brin de muguet, une rose rouge ;
Pour ne jamais oublier
Le sang versé par nos aînés
Pour la Démocratie et les droits sociaux

Elle est bien pâle cette rose,
Elle est bien seule cette rose,
Délavée par la grisaille sociale
Elle annonce un avenir morose
A l’heure où la mondialisation
Remplace l’Internationale

Elle est bien pâle cette rose,
Elle est malade cette rose.
Et la vermine noire approche incidieusement,
Profitant de jardiniers négligents
Trop soucieux de leur apparence

La rose au poing se meurt
Elle est devenue une banale fleur
A la boutonnière de quelques nostalgiques du passé
Qui se consolent dans les regrets
« Peuple de gauche réveille-toi !
Avant de devenir fou »