Patrick Moriau
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DISCOURS DE PATRICK MORIAU
PRESIDENT FEDERAL

CONGRES DU MERCREDI 5 OCTOBRE 2005

FLEURUS



Mes Chers Camarades,


Vous imaginez à quel point mercredi dernier j’ai pu être abattu par la décision de la Chambre du Conseil de Liège, car elle risque de faire encore durer les choses. C’est pourquoi, j’ai décidé d’aller en appel et ce pour en finir le plus rapidement possible et non pas par souci de ralentir une procédure déjà si longue… pendant 8 ans et demi de souffrance physique et surtout morale, de solitude, des années terribles…

Je constaterai simplement une évolution positive : chacun reconnaît désormais – ce que je n’ai jamais cessé de proclamer – mon honnêteté et ma bonne foi. C’est le sens du réquisitoire du Ministère Public.

Mais, vous le savez, je me suis imposé un devoir de réserve, je laisse donc à d’autres les commentaires, les analyses et les interprétations.

48 heures après, un séisme s’abattait à nouveau : Jean-Claude démissionnait de sa fonction de Ministre-Président du gouvernement wallon.

Je sais - et nous savons tous - à quel point ce poste représentait la concrétisation de son combat de toujours pour la Wallonie. Une décision qui apparut surprenante à certains que pour ma part je peux comprendre…

Mes Chers Amis,

Sans avoir occupé des fonctions aussi importantes, je l’ai vécu !

Quand le matin vous n’osez plus ouvrir un journal, quand tout interview n’est plus consacrée qu’à « l’affaire », quand vous éteignez la radio de peur de vous entendre citer encore et encore. Et puis, il y a ces moments où l’on souffre essentiellement du regard des autres.

Il y a surtout le regard de ceux qui vous décrètent coupable parce que vous êtes un adversaire ou un concurrent, c’est le regard du cynisme.

Et puis il y a le regard de ceux qui vous connaissent, qui savent ; c’est un peu comme lorsque l’on est atteint d’une grave maladie, ils se taisent, c’est sans doute ce regard là qui fait le plus mal.

Mon Cher Jean-Claude,

A l’heure où la Wallonie avait tant besoin de ton engagement, de ton énergie afin de concrétiser ton plan de relance, la décision, que tu as prise vendredi, t’honore. Tu as eu le courage de placer l’intérêt général au-dessus de l’intérêt particulier. Tu as privilégié l’intérêt général de la Wallonie, l’intérêt général du Parti, l’intérêt général de Charleroi. Là, réside la stature des grands hommes d’Etat ! Je ne reprendrai pas les mots élogieux de notre Président hier au congrès de Bruxelles… Il l’a fait bien mieux que moi. Sache simplement que je partage ta souffrance.

Mon Cher Jean-Claude, aujourd’hui, tu redeviens député, l’un des nôtres. Tu restes notre « primus inter pares ». Je te demande donc de prendre la responsabilité de la relance de la fédération des élus car là aussi nos centaines de mandataires communaux, provinciaux, régionaux et fédéraux ont besoin d’innovation et de ton expérience.

Mes Chers Camarades,

Au-delà des commentaires des uns et des autres, fondés ou non, masquant parfois des querelles personnelles de l’histoire ou des luttes de pouvoir inhérent d’ailleurs au combat politique, il est grand temps de tirer quelques leçons.

Car, c’est dans les durs moments de l’adversité que l’on se forge pour l’avenir.

D’abord, il a y eu des faits. Et ces faits nous révoltent car ils touchent de plein fouet notre adhésion a des valeurs. Ils ont été condamnés et sanctionnés mais nous devons impérativement mettre en place des mécanismes déontologiques et législatifs pour que plus jamais cela ne se reproduise.

Mais, je suis attristé par les leçons adressées par d’aucuns à la Fédération de Charleroi. Certes, loin de mon propos de prétendre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, vous me connaissez assez pour savoir que mon souci de transparence, d’ouverture, de rajeunissement est loin d’être satisfait.

Mais notre Fédération a été salie, certes, par des comportements à l’encontre de nos valeurs. Et puis, par d’autres qui ont utilisé ces faits à d’autres fins. Notre Fédération n’est pourtant ni plus ni moins meilleure que les autres. Mais on l’oublie parfois : Baudelaire disait : « Hélas, on n’a à faire qu’à des hommes ».

Et comme dans toute activité humaine, plus les hommes sont nombreux, plus le risque est grand. Nous sommes au pouvoir dans les 14 communes de l’arrondissement, il nous appartient donc de faire preuve de plus de vigilance, de plus de transparence, … A fortiori parce que nous nous revendiquons de la gauche humaniste.

Certes, il est plus simple quand on est dans l’opposition de mettre en place des nouveaux mécanismes que lorsque l’on est chargé de la gouvernance et des lourdeurs de décisions que celles-ci entraînent parfois. Mais nous devons toujours faire mieux parce que nous sommes socialistes tout simplement et que ce qui nous distingue ce sont nos valeurs. Vous me l’avez souvent entendu dire devant vous.

Ne cherchons pas ailleurs d’autres circonstances, d’autres justifications, il faut nous remettre au travail malgré tout ce qui a déjà été accompli.

Nous avons été la première fédération à passer en ASBL financière et nous serons la première fédération d’ici à la fin de l’année dans laquelle toutes les USC seront en ASBL.

Là est le souci de transparence.

Nous avons ouvert nos portes, et ce bien avant tout le monde, à ceux qui n’ont pas notre culture, nos traditions, … Je ne rappellerai que quelques exemples parmi bien d’autres : Jean Santacarina, Philippe Dallons, Yves De Wasseige et Roland Marchal sont de ceux qui nous ont rejoints.

Là est notre souci d’ouverture.

Nous avons organisé à plusieurs reprises des formations de militants avec l’aide des anciens (une nouvelle session commencera tout prochainement). Là est notre souci de la bonne gouvernance.

Nous avons créé une section directement rattachée à la Fédération afin justement de permettre l’organisation de confrontation d’idées sur des thèmes plus larges.

Nous organisons partout des débats sur la constitution européenne et nous fûmes les seuls. D’autres eurent lieu sur la coopération au développement, la sécurité sociale, l’âge du travail, sur notre histoire, sur la problématique « chauffage » …. dans nos 70 sections. Et je réitère mon appel de septembre dernier afin que celles-ci organisent davantage de débats.

Là est notre souci de pédagogie politique.

Bien sûr tout cela passe au second plan quand dans une Fédération qui compte 13 bourgmestres sur 14 il s’agit de constituer des têtes de liste. C’est la rançon de notre force mais aussi de notre société médiatique où règne l’éphémère.

Mes Chers Camarades,

Je le répète, loin de moi encore une fois l’idée de reposer sur nos lauriers. Il y a encore beaucoup à faire ici à Charleroi et partout ailleurs. Les actes mis en lumière par l’affaire de la Carolorégienne sont inacceptables. La sanction politique est tombée. L’affaire est désormais entre les mains de la justice, qu’elle fasse son travail vite et bien et partout où cela s’avère nécessaire.

Car nous exigeons la clarté en toute objectivité.

Sans ambiguïté même si nous ne pouvons nous empêcher d’avoir une pensée pour ceux qui aujourd’hui sont dans la tourmente et en particulier pour leur famille.

L’arbre du comportement de certains ne doit pas occulter la forêt des centaines de militants, de mandataires qui partagent tous le même idéal, les mêmes valeurs de Justice, de Solidarité et d’Egalité.

Les chasses aux sorcières n’ont jamais eu comme résultat que d’amener les heures les plus noires et les plus obscures de l’Humanité.

Mes Chers Amis,


Le climat que nous vivons aujourd’hui est manifestement délétère. Je ne suis pas de ceux qui incriminent les médias. Mais, il faut aussi pouvoir s’indigner quand une rédaction veut imposer et impose à un journaliste de signer un article que lui-même sait le contenu basé sur des fausses rumeurs et des amalgames. Ce courageux a démissionné, je le félicite et l’assure de mon soutien.

Que dire de ces débats télévisés - et je n’ai pas peur de dire tout parti confondu - lamentables pour l’opinion publique qui relèvent de ce que Schopenhauer appelait « la dialectique éristique » c’est-à-dire les ficelles de la mauvaise foi absolue chez certains.

Car, lorsque l’irrationnel prend le pas, c’est toujours l’extrémisme qui progresse. Et parlons-en des justiciers masqués en blouse brune !

Chez nous, quand l’un d’entre nous commet une faute, nous sommes unanimes pour dire qu’elle doit être sanctionnée.

Eux se déchaînent. En fait, chez nous, c’est l’exception. Mais, soyez-en sûr, chez ces gens là, Camarades, c’est la règle.

A nous de combattre ces amalgames, ces diversions, ces détournements politiciens … par une pratique de transparence et de bonne gouvernance.

Car les majorités absolues, les pouvoirs « forts » comme disent certains ne doivent en aucun cas induire l’arrogance, la surpuissance …

Au contraire, cette situation que nous confient celles et ceux qui nous mandatent, nous oblige à plus d’humilité, plus de modestie et aussi plus d’écoute.

Mes Chers Camarades,


Vous comprendrez que dans ma situation en l’attente d’une sérénité retrouvée, je préfère ne pas épiloguer sur cette affaire, ses conséquences et ses dérives, ses risques pour la démocratie mais j’aurai bien entendu encore l’occasion de m’exprimer et de faire entendre ma voix qui refuse les vérités toutes faites, les préjugés, les dogmes, … Même si cela dérange.

J’aurai encore cette volonté, plus que jamais, d’impulser tout simplement mon engagement de socialiste dans la concrétisation d’actes au quotidien afin de permettre l’amélioration des conditions de vie de nos citoyens et citoyennes en particulier les plus faibles d’entre eux, et ce, comme l’immense majorité de nos mandataires et de nos militants.

J’ai toujours cette indignation profonde face à l’injustice, aux inégalités et je veux avec vous conduire notre Parti plus que jamais vers nos victoires et faire triompher notre idéal.

A cet égard, il faut avancer dans l’analyse, la réflexion, le rajeunissement, le renouvellement. Pas pour le plaisir de faire du neuf, cela relève du jeunisme et le jeunisme, comme le dit Comte-Sponville, n’est par une valeur car, par définition, il n’est que passager. Il faut faire du neuf pour mieux convaincre et pour résoudre pas à pas, sachant que le combat n’est jamais fini que tout est toujours à reconquérir , que tout se construit jour après jour. A cet égard, j’ai décidé de créer au sein de notre Fédération, dans l’esprit insufflé par notre Président Elio Di Rupo, une commission qui, je l’espère, sera composée de jeunes membres actifs de notre Parti parce qu’ils ont sûrement un autre regard et sans doute d’autres propositions quant à nos modes de fonctionnement et d’action.

C’est la suite logique des propositions que j’avais faites, il y a moins d’un an, lors de notre Exécutif de rentrée.

Cette commission aura notamment pour objectif de définir des règles et un code de la démocratie locale en relation avec les instances décidées hier au Congrès de Bruxelles. Mais d’ores et déjà, j’invite les USC à travailler sur une Charte des candidats à signer par tous les futurs candidates et candidats en vue des prochaines élections communales de 2006. Cette commission, la commission « du renouveau » aura un rôle excessivement important et devra faire des propositions devant un Congrès qui devrait avoir lieu dans les deux mois.

Propositions qui pourront – pourquoi pas – se traduire en textes législatifs … nous sommes 9 parlementaires à pouvoir les relayer.


Mes Chers Amis, Mes Chers Camarades,


J’aurai connu bien des moments difficiles dans ma vie politique mais je n’ai aucune amertume car je suis un homme de loyauté, de responsabilités. Vous me l’avez souvent entendu dire et le mettre en pratique, c’est dans l’unité et dans la cohésion que nous réussissons nos objectifs.

Mais, nous avons bien plus besoin de débats, d’affrontements d’idées que de querelles de personnes. Ce dont nous avons besoin, c’est de cohésion, d’unité et de fraternité.

Une fois encore, j’en appelle à la sagesse, j’en appelle à la raison, il ne sert à rien de nous diviser, cela ne fait le jeu que de nos adversaires.

A toi, Christian, notre relais dans un des exécutifs, je te réaffirme que nous sommes à tes côtés même si c’est une évidence.

Et à toi, Jean-Claude, avec nos nombreux militantes et militants, quel meilleur hommage te rendre qu’en te paraphrasant « Ici et maintenant, le Socialisme, j’y crois ».

« Charleroi, j’y crois ».

Chers Amis,

J’en appelle à votre devoir de militants, de mandataires !

Travaillons ensemble à l’unité de notre mouvement, à notre cohésion pour toujours et toujours améliorer les conditions de vie de notre population, de nos gens aujourd’hui quelque peu épris d’interrogations, de doute.

Ensemble, allons de l’avant. Les citoyens attendent beaucoup de nous.

En fait, ils attendent plus de nous que des autres.

C’est le signe de notre responsabilité.

Avec toi Jacques et les 13 leaders des autres communes de notre Fédération, nous avons un an pour construire et mettre en chantier nos projets, nos idées et notre idéal sur base des leçons de la tourmente que nous venons de vivre.

Camarades,

Chers amis,

J’ai confiance en vous,

J’ai confiance en nous.

Patrick MORIAU