Patrick Moriau
DEPUTE - BOURGMESTRE
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Vous avez dit antiaméricanisme ?

Aujourd’hui, le fait de ne pas cautionner la guerre illégitime de Monsieur Busch vous classe dans le clan des antiaméricains irréductibles et stupides.

Cette affirmation participe de cette logique si bien exprimée par le carré d’Aristote : « les américains ont raison donc ceux qui osent émettre la moindre critique à leur égard sont idiots ».

D’abord, il faut préciser que le combat mené depuis plusieurs années contre l’embargo en Irak ne relève d’aucun sentiment à l’encontre du peuple américain, au contraire.
Cependant, il faut constater que tous les embargos n’ont jamais qu’une seule conséquence : le renforcement du pouvoir en place, tout en plongeant les populations dans les affres indescriptibles du manque alimentaire, médical, social, … humanitaire. Je ne reviendrai pas sur les chiffres révélés des conséquences de l’embargo irakien : le monde entier le sait mais certains ne veulent pas voir.

Le peuple irakien, peuple si chaleureux, mérite mieux que cela … Comme il mérite mieux que 30 ans de dictature, 2 guerres, 12 ans d’embargo et une 3ème guerre illégitime …

Mais il est nécessaire de combattre la désinformation de l’administration Bush quant à ce conflit préparé de longue date et qui relève du concept de « la guerre coloniale » quand on partait la fleur au fusil massacrer des populations pour leur apprendre à s’aimer les uns les autres …
Une forme aussi d’interventionisme humanitaire, au nom de la démocratie, utilisée comme prétexte, car l’Histoire nous a appris la face cachée des intérêts économiques (on le voit déjà lorsque le problème de la reconstruction est abordé par Messieurs Bush et Blair).

Déjà, lors du conflit dans l’ex-Yougoslavie, le scénario avait été en quelque sorte répété, lorsque Belgrade avait été bombardée dans les mêmes circonstances sans l’aval des Nations Unies, à l’époque dans l’indifférence ou presque.

Depuis lors, les dénonciations par l’administration américaine : protocole de Kyoto, traité ABM sur les missiles balistiques, la cour pénale internationale, traité sur les mines antipersonnel, protocole sur les armes biologiques, accord sur les armes de petit calibre, traité sur l’interdiction totale des armes nucléaires et même les conventions de Genève sur les prisonniers de guerre pour ce qui concerne les détenus du bagne de Guantanamo, sont autant d’exemples de cet unilatéralisme.

Personne aujourd’hui ne peut apporter son soutien à Saddam Hussein dont on connaît l’histoire ; mais n’oublions pas que malgré son histoire, il fut un grand allié de la communauté occidentale et en particulier des politiques U.S.

La vérité a ses droits même s’il semble que la notion de dictature évolue dans le temps et en fonction des intérêts des uns et des autres. Elle évolue aussi dans l’espace quand on voit les autres régimes dans la région pourtant alliés des USA … Cependant, s’il n’y a pas de doute quant à la teneur non démocratique du régime de Bagdad, pas une ligne dans la résolution 1441 n’abordait le problème du régime de Saddam Hussein ni la volonté d’instaurer la démocratie en Irak.

Cette guerre révolte :

- parce que 70% des pays de la planète et 80% des opinions publiques étaient radicalement hostiles à la guerre de Bush. Il n’en fut guère tenu compte.
- Parce qu’il était encore possible de réussir par la voie diplomatique (il faut souligner l’excellent travail de Messieurs Blix et Al Barabei qui ont désarmé plus en trois mois que 12 ans d’embargo). Un programme de désarmement sous l’égide des inspecteurs de l’ONU était possible, Monsieur Blix l’a certifié
- Parce que même une voie politique – si ténue soit-elle – était possible afin de renverser le régime de Saddam Hussein
- Parce que les Etats Unis, pays démocratique respectable, s’est joué de l’intelligence des peuples notamment par la présentation de soi-disant preuves quasi toutes réfutées et par une manipulation outrancière non seulement de l’information mais aussi des règles de droit international sans oublier l’utilisation de l’insulte à l’égard de ceux qui ne pensent pas comme eux.

Les événements du 11 septembre 2001 tout horribles, tragiques, scandaleux qu’ils soient et la lutte à mener contre le terrorisme ne peuvent tout permettre. A fortiori quand on sait que cette guerre était préparée bien avant les horreurs du World Trade Center.

En effet, 18 républicains écrivaient le 26 janvier 1998 à Bill Clinton le pressant de « chasser Saddam Hussein afin de sauvegarder les intérêts US et ceux de nos amis dans le monde ». Parmi les 18 signataires : Messieurs Rumfeld, Wolfowitz, Perle, … Bref, tous ceux qui aujourd’hui dominent l’administration Bush.
Guerre illégale, absurde mais aussi manipulée parce que derrière les nouveaux vocables « guerre propre », « dommages collatéraux » ou « frappes chirurgicales » il y a toujours des milliers de victimes, en majorité des femmes et enfants.
Comme ce fut le cas dans l’abri d’AMIRIYA à Bagdad le 13 février 1991 ou à HALABJA en région kurde en 1988.

Mais il est vrai que dans une vision purement manichéenne du monde, ne pas être dans un camp vous plonge de facto dans l’autre … et qu’une loi – fut-elle de compétence universelle – peut-être applicable à certains et pas à d’autres !

Dénoncer l’unilatéralisme US qui désormais prévaut sur l’option militaire qui constituait la base de nos institutions et nos règles de droit international, n’a rien à voir avec l’antiaméricanisme.
C’est refuser la vision réductrice qui anime tous ceux qui acceptent un modèle de pensée unique. Là réside certainement la vraie stupidité !

Patrick MORIAU,
Député-Bourgmestre.